Ruines Contemporaines, Allemagne 2005 – 2015

Ces photographies sont éditées en série numérotée et signée

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Ruines Contemporaines, Allemagne 2005 – 2015

En avril 2006, il y eut le premier film couleur. Oui, du film ! De la pellicule, de l’argentique… Pas de numérique, pas de clics sans arrêt, sans pause et sans regard, pas de clic automatique. Dans une ville-frontière au fin fond du Lausitz, je photographiais pour la première fois une de ces usines abandonnées, vestiges d’une histoire contemporaine soudainement figée, celle de l’Allemagne de l’Est. Après une première balade dans ces ruines, la décision de photographier a été immédiate. Les premières visites avaient le goût de l’enchantement, l’excitation de la découverte, le piquant du danger et de l’inconnu. L’Allemagne de l’Est était grise, sans couleur, monotone ; l’image d’Épinal est vraie, l’extérieur était ainsi. La surprise fut grande de découvrir le nombre et l’intensité des couleurs. L’abandon cloquant les murs jusqu’à y faire éclore d’incroyables fleurs de peinture, décennies de couches et de surcouches. L’Allemagne de l’Est a habillé ces murs, mais, pour beaucoup de bâtiments, ne les a pas construits. L’architecture date d’autres siècles, de temps où la rentabilité, l’économie ne régissaient pas tout. De temps où l’absurdité n’avait pas encore été jusqu’à préférer un éternel recommencement, par le choix de matériaux périssables, de constructions à la va-vite. Quel monde y a-t-il entre ces bâtiments vides depuis vingt ans, surgissant de la jungle qui parfois les entoure, droits et vigoureux malgré l’abandon, et la gare centrale de Berlin, dont un pan s’écroule un an après sa construction… Au piment de la découverte, à l’enchantement de la féerie de ces lieux ont succédéla nausée, l’écoeurement devant tant de beauté délaissée parce que frappée de la mention « non rentable ». Qu’ils soient usines, hôpitaux, casernes ou immeubles, ce ne sont pas seulement quelques bâtiments qui se sont clos dans l’oubli, mais des milliers. Des villes où l’on peut traverser des rues entières d’immeubles désertés, tant et si bien que l’on se demande par quel tsunami elles ont été frappées. Le mot “absurde” se pose, s’impose. De cette histoire, je veux retenir l’ephémère de toute chose, de tout être, de tout système. Ceux de ma génération nés de l’autre côté du Mur ont grandi dans un système prétendument immuable. Ils en ont vu le délitement à leurs vingt ans. L’impossible arrivait. Notre système est tout aussi périssable que ne l’était l’autre. À nous de le voir… En attendant le prochain tournant, Jeanne Fredac PS : Entre-temps, la mode de l’exploration urbaine est venue, les sites Internet listant les endroits se multiplient sur la Toile. Ils offrent en pâture ces lieux que l’oubli protège bien mieux que l’éclat des projecteurs. L’exploration devient prémâchée, on sait où l’on va, ce que l’on va y trouver, longtemps avant d’avoir franchi le seuil. Vous ne trouverez dans ce livre aucune indication géographique. L’explorateur se laisse guider par l’inconnu, le hasard. Il a le plaisir de la chasse au trésor.